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21 mai 2010 5 21 /05 /mai /2010 20:20

Mansa - Second Souffle Africain : Du « jus » de baobab dans les rayons, proposé par deux gars qui font preuve d’une belle énergie.

Jean Marc et Karim sont pourtant très tranquilles et n’ont pas un mot plus haut que l’autre. Mais ils avancent sans erreurs dans un milieu qui n’était pas le leur, le commerce, sans perdre de vue leur but, l’agriculture, au service de leur famille, l’Afrique.

 Le binôme est solide, polyvalent. Quand Karim s’active en Afrique, c’est Jean-Marc qui parle pour deux. Mais qu’ils s’activent ou parlent, ici ou là, ça bouge.

Et ces boissons au baobab ?

Onctueuses, rafraîchissantes, franchement plaisantes. À déguster tout l’été pour vous convaincre, à consommer toute l’année dans la foulée.

 

Entretien avec Jean-Marc Akouété:

 

- Les boissons au Baobab, de nouveaux jus de fruits en France ?

-À ma connaissance, il en existe déjà deux autres… Mais pas en bio ! Et on valorise si peu de produits bio africains… Notre but est de faire connaître un fruit qui le mérite, mais en cohérence avec notre démarche agricole. Quitte à lancer des projets en Afrique, autant éviter les erreurs qui ont été faites ailleurs.

 

-Le jus de baobab est-il connu en Afrique ?

-C’est un jus très consommé dans toute l’Afrique de l’Ouest. Au Sénégal, il est mélangé avec du lait. C’est une boisson plaisir, mais aussi un remède contre les maux de ventre. On le conseille notamment aux touristes qui ont des problèmes de cet ordre.

 

-Est-il également commercialisé en bouteille, sur place ?

-Le jus de baobab est avant tout la boisson que chacun peut se préparer. Quitte à consommer des bouteilles, les Africains préfèrent les sodas… Ceux qui consomment le baobab en bouteilles se trouvent plutôt en ville, du fait que l’eau n’y est pas terrible, à Dakar notamment. Le baobab Avant d’évoquer le fruit, parlons de l’arbre, que tout le monde connaît !

On en compte huit variétés différentes dans le monde.

À Madagascar, où se trouvent les plus spectaculaires, on en dénombre six sur les huit.

Au Sénégal, il n’y a qu’une seule variété, la même que l’on retrouve partout en de grandes forêts, comme une grosse poche verte dans toute l’Afrique de l’Ouest. C’est un arbre qui se gorge d’eau durant la saison des pluies, pour tenir le reste de l’année. Son bois est mou. On peut d’ailleurs considérer que le baobab n’est pas tout à fait un arbre, puisque ce bois ne contient pratiquement pas de lignine. Il ne fait pas d’anneaux non plus… Lorsqu’on observe une coupe, il est donc difficile de donner un âge à un baobab. On pourrait presque dire que c’est une plante géante. Il a de plus une drôle de tête ! On l’appelle aussi « l’arbre à l’envers », comme s’il avait « les racines en haut » !

Il a un grand rôle et une symbolique très forte en Afrique, presque mystique. Des femmes accouchent dans les baobabs. Les griots - qui sont les conteurs transmettant oralement la culture africaine - sont parfois enterrés dans les baobabs. Son tronc creux sert parfois de salle de réunion ! Et il est présent à beaucoup de moments dans la vie de chacun sous différentes formes : pour son fruit, bien sûr, mais certains travaillent aussi sa coque pour obtenir des plats, des lampes… On peut en manger les feuilles, pour cuisiner une sauce, notamment quand c’est un peu tendu au niveau alimentaire… Il sert de réserve d’eau, accueille les abeilles qui y produisent du miel… Dans les zones où il a peu de fourrage, il peut constituer l’aliment des animaux.

Le baobab a donc un côté mystique, mais il est également très présent comme ressource. Et il nous semble qu’il pourrait encore être plus valorisé, plus considéré comme une richesse.

 

-À chaque fois que l’on parle d’un arbre aujourd’hui, on se pose la question de savoir s’il est menacé… Est-ce le cas ?

-Le baobab est emblématique et donc très respecté, surtout dans les campagnes, où l’on connaît son importance. Mais son écosystème est menacé, notamment par de mauvaises pratiques agricoles, et son renouvellement pose problème. Par ailleurs, n’oublions pas que Dakar a été construit sur une forêt de baobab… Nous pensons qu’en donnant une valeur au fruit, on renforce la valeur de l’arbre. Et cela d’autant plus qu’on achète directement les cueillettes aux villageois : ils n’ont pas vraiment besoin d’une approche philosophique, mais de concret.

 

-En quoi le baobab est-il bio ? 

-j’aurais presque envie de prendre la question à l’envers : en quoi ne le serait-il pas ? Certains de ces arbres ont 2 000 ans, et n’ont jamais connu les pesticides ! Mais pour répondre à la question sous l’angle où tu la vois, la certification garantit le fait qu’il n’y a pas de cultures conventionnelles à proximité.

C’est vrai pour le baobab et tous les ingrédients que nous utilisons pour nos diverses boissons, le gingembre, l’hibiscus, tous certifiés, comme le sucre.

 

-Est-ce que la boisson au baobab peut devenir un vrai produit pour les Européens ?

-Je pense que oui. Pas au point d’inonder le marché, mais tout le monde connaît l’arbre, et il ne devrait pas être trop difficile d’en faire apprécier le fruit, d’autant que les gens sont avides de nouvelles saveurs.

 

-Est-ce justifié d’amener des nouveaux produits en Europe, quand on parle de proximité alimentaire ?

-On gagne tous à s’enrichir au niveau culturel, au niveau des saveurs. On apprend à se connaître, on en devient plus humain… Après, il est clair que tout acheminement d’un fruit a un coût écologique. C’est le cas aussi pour les oranges, l’ananas… Concernant le fruit du baobab, on ne transporte toutefois pas un jus, mais la pulpe séchée, moins lourde. Sachant que notre but, par le biais de notre association Second Souffle Africain, est de développer les cultures vivrières dans les villages avec lesquels nous travaillons. Le jus de baobab permet au Sénégal de faire valoir un peu ses propres produits et de renforcer son autonomie, alors que le pays importe la majorité du riz qu’il consomme, quand ce n’est pas du poulet…

 

-Que dire du fruit ?

- On l’appelle le « bouye » en Walof, mais c’est aussi le « pain de singe ». Ces derniers l’aiment beaucoup ! Le fruit du baobab est une grosse « cabosse », un peu comme le cacao. Il contient une pulpe fibreuse et beaucoup de petits noyaux, comme des haricots rouges, dont on tire aussi de l’huile. Le mot baobab vient d’ailleurs de l’arabe « bu hibab », qui veut dire « fruit à nombreuses graines ». Le fruit doit être sec lorsqu’on le cueille ou le ramasse. On l’ouvre à la machette. Le fruit frais Le fruit sec, tel qu'il est récolté La pulpe du fruit sec. Elle arrive ainsi à l'atelier Baobab gingembre Baobab hibiscus Après la cuisson, noyaux et filaments sont retirés à la main

 

-C’est gros, un baobab… Combien donne-t-il de fruits ?

-En moyenne, 500 kg par arbre et par année. La fleur apparaît d’abord, blanche, et pend « à l’envers ». La pollinisation se fait par les abeilles et… les chauves-souris. Le fruit arrive vers décembre, mûrit et sèche de mars à avril. On le récolte en montant sur l’arbre, parfois en le faisant chuter avec une gaule, ou encore en ramassant ceux qui tombent naturellement. Beaucoup de familles en font des provisions en vue des mariages, pendant lesquels on le sert en boisson.

 

-Pour les recettes de vos deux boissons, vous avez choisi de mélanger le fruit du baobab à du gingembre ou de l’hibiscus. Ces ingrédients ont-ils été choisis pour des raisons particulières ?

-Ils sont cultivés dans les mêmes villages, et tous se marient bien. En Casamance, là où nous travaillons, le gingembre est beaucoup utilisé en cuisine, mais aussi en boisson. Notons que le gingembre africain est plus « piquant » que le chinois. De plus, les Africains le concentrent beaucoup dans leur boisson… On a vraiment dû se modérer pour les nôtres ! L’hibiscus, lui, est aussi un produit traditionnel cultivé à proximité des cases. L’irrigation en est facilitée. C’est également une boisson quotidienne pour beaucoup de personnes, le « bissap ». On le prépare avec une infusion de fleurs séchées, qu’il est d’ailleurs préférable de ne pas faire bouillir.

 

-Sur place, avez-vous affaire à une structure qui regroupe tous ces approvisionnements ?

- Nous n’avons pas voulu créer de coopérative. Une coopérative est une structure supplémentaire qui a un pouvoir, qui achète et revend. Nous procédons autrement, en achetant directement à chaque cueilleur, non sans passer précédemment par les différentes autorités que sont les chefs de villages, les Imams… Nous nous approvisionnons pour l’instant en faisant le tour de sept villages. Les habitants comptent vraiment sur nous maintenant.

 

-Vos boissons sont élaborées près d’Albertville à base de pulpe séchée, on en a souligné l’avantage écologique. Aurait-il pu être produit au Sénégal, en faisant profiter les populations de la valeur ainsi ajoutée ?

-On y a pensé… Le verre proviendrait alors soit d’Afrique du Sud, soit du Maroc… Il aurait fallu importer du sucre bio, et pas directement du lieu de production… Il aurait aussi fallu investir énormément en machines, être sur place en permanence pour garantir la qualité… En France, on a retenu l’atelier de Monsieur Richard, qui a fait preuve de beaucoup de curiosité et d’engagement pour nous aider, même sur des quantités parfois minimes au début.

 

-La recette de base ?

-On s’est inspiré de ce qui se fait au Sénégal : on fait bouillir la pulpe et les noyaux, jusqu’à ce que les deux se détachent. Il est alors nécessaire de filtrer à la main en retirant noyaux et filaments. On obtient un liquide très épais, presque pâteux auquel il reste à ajouter une macération de gingembre ou une infusion d’hibiscus, de l’eau et un peu de sucre. On brasse bien…

 

-Vous vendez aussi sur les marchés, animez en magasins et connaissez donc bien vos clients. Qui boit du jus de baobab ?

-Tout le monde ! Les curieux, ceux qui ont voyagé, les jeunes, ceux qui font des cocktails avec de la limonade, ou avec un alcool blanc… Certains le ramènent en famille ou chez les copains avec l’idée de faire une devinette : qu’est-ce que c’est ? En général, personne ne trouve ! Mais beaucoup deviennent consommateurs par la suite. De manière générale, il semble que les enfants et les femmes soient plus attirés par le « baobab-hibiscus », et les hommes par le « baobab-gingembre ». Mais il y a des exceptions ! Et puis il y a les sportifs italiens…

 

-Consomment-ils du jus de baobab ?

-Oui, il y a une grosse mode chez les footballeurs professionnels, cyclistes, coureurs automobiles… La presse italienne parlait même d’une « potion magique » à son propos ! Ça n’étonne pas les Sénégalais…

 

-Est-ce qu’on reconnaît des qualités nutritionnelles à vos boissons ?

-Le fruit du baobab est deux fois plus riche en calcium que le lait, il sera intéressant pour nous à l’avenir d’analyser le taux qu’on retrouve dans nos bouteilles. Il contient aussi du fer, du phosphore… Le gingembre est stimulant, il a des vertus aphrodisiaques sur lesquelles on insiste d’ailleurs plus en Europe qu’en Afrique. L’hibiscus est un puissant antioxydant. Mais nous ne voulons pas faire de ces qualités nos premiers arguments. De même, pour le commerce équitable. Nous voulons que les gens achètent avant tout du jus de baobab parce qu’ils l’aiment !

 

-Avez-vous une démarche dans le domaine du commerce équitable ?

-Oui, on fait partie du collectif grenoblois, une très belle idée. Mais commercer au juste prix n’est qu’une première étape. Notre but est d’aller plus loin encore en développant l’autonomie des villageois : on ne peut pas se contenter d’acheter, il faut créer de la richesse sur place.

 

Second Souffle Africain

-Vous avez fondé une association, Second Souffle Africain, qui œuvre dans ce sens. Quelle est son histoire ?

-Karim et moi vivons en France. Nous sommes amis depuis l’âge de onze ans. On s’est toujours dit qu’il fallait qu’on fasse quelque chose pour l’Afrique. On a appris il y a cinq ans que des terrains se libéraient au Sénégal, et qu’il serait possible d’entreprendre dans le domaine agricole. Bien que nos vies aient été orientées autrement, on s’est alors tous les deux formés à l’agriculture, de manière complémentaire : Karim a passé un Brevet de Responsable d’Exploitation Agricole avec option « polyculture et élevage », et moi avec option « maraîchage et petits fruits ». On pensait s’installer au Sénégal, mais on a préféré commencer deux activités à la fois : les jus de fruits avec Mansa, tout en fondant parallèlement notre association, Second Souffle Africain.

 

- Par quel biais votre association atteindra-t-elle son but ?

-Nous voulons contribuer à ce que les gens qui travaillent avec nous accèdent à l’autosuffisance alimentaire, qu’ils développent les cultures vivrières en partant sur de bonnes bases agricoles, bio. Pour y arriver, nous pensions au début ramener du matériel agricole de France. Mais on s’est vite aperçu qu’il ne fallait pas miser sur les tracteurs, chers, et la consommation d’énergie fossile qui va de paire. Il y a de la main-d’œuvre au Sénégal, on peut faire autrement. On a alors observé que la traction animale était beaucoup utilisée sur place, et on a pris l’option de développer cette voie avec du matériel moderne.

 

-Y a-t-il encore des gens pour concevoir du matériel agricole moderne qui ne soit pas… motorisé ?

-On a trouvé l’association Prommata, en Ariège. Elle a mis au point une « charrue », le « Mamata », qui permet de tout faire : c’est en quelque sorte un « porte-outil » sur lequel on peut installer toutes sortes d’éléments différents pour labourer (légèrement !!), griffer, semer, tout en respectant l’animal. Prommata n’a pas pour but de vendre ce matériel, mais de former des personnes à le fabriquer. Une équipe est ainsi déjà autonome au Burkina Faso, et c’est cette équipe qui viendra nous former au Sénégal sur les deux aspects du métier : la forge, pour élaborer l’outil, et les techniques agricoles qui vont avec. C’est ce partenariat que mon ami Karim, qui n’est pas avec nous aujourd’hui, est en train de mettre en place au Sénégal.

 

- Quel lien y a-t-il entre Mansa, votre société de jus de fruit, et l’association Second Souffle Africain ?

-Les deux marchent ensemble. Pour les Sénégalais avec lesquels nous travaillons, la vente du fruit du baobab constitue un revenu d’appoint, alors que l’activité maraîchage leur permet de vivre toute l’année. Et ce que nous avons fait pour avec ces sept villages, nous voulons le multiplier. Très largement, quitte à passer aujourd’hui pour des utopistes.

 

-Si tu avais à citer un disque, un livre, un tableau ? -

-Le disque… le reggae de Tiken Jah Fakoly. Salut Ibrahima !

- Le livre… je ne lis pas beaucoup… Vincent, un agriculteur sur Varacieux qui fait partie du projet, m’a prêté des livres de Chomsky. Sa façon de décortiquer l’information et de nous montrer la manière dont nous sommes manipulés me paraît intéressante.

- Un tableau de Mbaye Diop (à ne pas confondre avec Maï Diop). Un Sénégalais, un fort caractère ! Il fait de très belles toiles.

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Published by Mamonjy Madagascar - dans témoignage
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commentaires

Dany de Fanal Safran 24/05/2010 11:25


Je ne connaissais pas... si cela peut protéger les baobab en plus.

Je vais essayer de trouver le reggae dont il parle

Meci pour ce bel article
Dany


Mamonjy Madagascar 24/05/2010 20:08



bonjour dany,


j'ai mis un titre de Tiken Jah sur le blog: "plus rien ne m'étonne" il y a une version vidéo Taratata c'est celle que je préfère elle est plus intime avec l'accompagnement à la guitare par
rapport à la version CD ou live. Il y a aussi la même chanson interprétée par Dobacaracol.


Bonne semaine


Joëlle