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26 janvier 2010 2 26 /01 /janvier /2010 08:37

Charte du don du livre. Par Catherine Cyrot

Le don de livres : un geste ambigu

 

Envoyer des livres dans les pays du Sud est un acte lourd de sens. Préparé, réfléchi, ce peut être un élément d’un dialogue culturel entre les peuples. A défaut, ces dons peuvent mettre à mal le secteur de l’édition des pays du Sud. Quant aux dons de livres scolaires, ils peuvent aller à l’encontre de la pédagogie des enseignants. Une chartre du don du livre a été rédigée, ce qui fait figure de code de bonne conduite en la matière.

 

CULTURE ET DÉVELOPPEMENT

 

" Gaspillage au Nord, pénurie au Sud"

Face à ce constat, donner du surplus pour combler le manque de livres paraît une initiative louable. Mais alors que font aujourd’hui en Afrique ces ouvrages scolaires entassés dans une cour au soleil, ou revendus par les " librairies par terre ". En raison de ces dysfonctionnements le don de livres n’est pas perçu par de nombreux partenaires comme une initiative crédible pour pallier le déficit de l’écrit au Sud. Dans ce secteur où cohabitent quelques structures organisées autour de la collecte et d’envois en nombre et un grand nombre d’initiatives ponctuelles, les questions sont récurrentes. Le constat de Francisco d’Almeida reste d’actualité :

 

" Les collectivités locales et la majorité des associations, souvent prisonnières d’une vision caritative ne perçoivent pas suffisamment l’exigence de la qualité et les conséquences économiques de leurs actions "

 

Un acte qui n’est pas neutre

L’envoi de livres au Sud n’est pas neutre, il participe à la construction d’identités culturelles. Quel sens les représentations du monde auxquelles ils renvoient ont-ils pour leurs lecteurs au Sud ? Faire une part significative aux écrivains du Sud dans ces envois participe à leur construction ; Combien dans les envois groupés y a t’il d’écrivains africains édités en France et introuvables en dehors des capitales du Sud ? Et que dire de la pénurie des écrits en langues locales, alors que leur développement est pour eux un enjeu culturel majeur ? Faire des envois d’ouvrages pour soutenir l’exportation du livre français sans se soucier de leur impact sur les populations qui les reçoivent est un travers qui ne sera jamais dénoncé avec assez de vigueur.

 

Une concurrence aux éditeurs locaux

Comment régler le problème de l’adéquation entre l’offre et la demande ? Envoyer des livres c’est d’abord se connaître, échanger d’une culture à l’autre. D’ou l’importance de ces réseaux qui associent les professionnels du Nord et du Sud. Ils sélectionnent ensemble les livres à partir de catalogues d’éditeurs souvent introuvables au Sud, animent des manifestations autour du livre qui donnent le goût de lire, organisent le circuit du livre, assurent la réception de ces envois et leur suivi. C’est le sens des actions ponctuelles de multiples associations pour qui la dotation en livres est un des volets d’un dialogue culturel plus large.

 

" Sinon ce que vous ferez sans nous, sera comme un vêtement que vous n’aurez pas confectionné sur mesure pour nous. Le résultat sera que vous aurez perdu l’étoffe, sans que nous, nous soyons habillés " (Hamadou Hampâté Bâ).

 

Un des points sensibles de cette problématique est la concurrence faite au secteur économique de l’édition et des libraires. L’édition locale qui se trouve de fait dans un contexte très défavorable est fortement concurrencée par l’arrivée de livres, en particulier scolaires réalisés au Nord. Or il est peu réaliste d’envisager le développement d’une édition locale sans que celle ci soit tirée par l’édition scolaire qui représente son marché le plus porteur. De plus l’envoi de livres scolaires en Afrique ne correspond pas, le plus souvent, aux programmes et à la démarche pédagogique des enseignants. Il habitue les scolaires à des ouvrages au delà des normes d’édition que l’Afrique peut mettre en œuvre.

 

C’est pourquoi une des recommandations importantes des rencontres de Baltimore reprise dans la charte du don du livre concerne l’achat de livres aux libraires locaux, solution la plus porteuse à long terme pour le développement du livre en Afrique.

 

Les collectivités locales et en particulier les comités de jumelage, acteurs majeurs de la dotation en livres sont un public à sensibiliser en priorité à ces évolutions. Engager ces municipalités à développer des actions globales représente un enjeu important. Elles incluent l’appui à l’équipement de bibliothèques, des formations professionnelles en liaison avec les bibliothécaires territoriaux. Des activités d’animation autour du livre peuvent être menées dans le cadre des échanges culturels entre villes jumelées. Une 2ème cible importante est celle des associations de migrants qui se heurtent à de grandes difficultés logistiques, mais sont souvent mieux à même d’établir un pont entre leur culture et la nôtre. Leur émergence forte dans le secteur de la solidarité internationale en fait des partenaires incontournables dans cette approche interculturelle de la dotation en livres.

 

Les technologies de l’information et de la communication (TIC) bouleversent le paysage de l’accès à la culture. La délocalisation qu’elles entraînent permettent aux pays du Sud de redéfinir une politique culturelle élargie au multimédia ouverte au monde extérieur. Mais ne nous y trompons pas, on retrouve dans la production de contenus multimédias les mêmes inégalités que dans l’édition traditionnelle. Si rien n’est fait pour lutter contre la " fracture numérique ", le Sud va recevoir des références culturelles élaborées au Nord et sa présence sur les réseaux numériques va rester marginale.

 

 Les nouvelles technologies

Les TIC permettent aussi d’échanger, le développement des télécentres, des cybercafés au Sud traduit une volonté d’échanges au delà des frontières, avec la famille de la diaspora, mais aussi les amis du nord engagés dans une démarche de partenariat. Un public souvent jeune n’hésite pas à traverser toute la ville pour accéder à sa messagerie, surfer sur le Web. Utiliser ces nouveaux outils est une opportunité à saisir pour des échanges plus souples et plus immédiats.

 

En conclusion, la réflexion menée par Culture et développement pour l’adoption d’une charte du don du livre signée par de nombreux partenaires est une avancée significative pour des solidarités plus efficaces et plus respectueuses de nos partenaires au Sud.

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Published by Mamonjy Madagascar - dans reflexions
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