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26 janvier 2014 7 26 /01 /janvier /2014 20:59

 

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13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 14:28
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18 novembre 2010 4 18 /11 /novembre /2010 19:59

Article paru dans AFRISCOPE

http://www.africultures.com/php/index.php?nav=article&no=9813

  

"L'édition malgache a un bel avenir devant elle si elle s'en donne les moyens"

 Entretien de Christophe Cassiau-Haurie avec Marie-Michèle Razafintsalma

 

Le marché du livre est souvent présenté comme sinistré sur le continent africain. En dehors du marché scolaire, le livre est considéré comme un luxe et se vend mal. Pourtant, il existe des éditeurs qui se battent pour faire vivre leurs productions et tenter de survivre dans un contexte économique défavorable. Face aux difficultés structurelles qu'ils rencontrent, ils sont souvent obligés de rivaliser d'ingéniosité.

 

Marie Michèle Razafintsalma, responsable des éditions Prediff - jeunes malgaches revient sur son (courageux) parcours, après 6 années d'activités. Quand la foi soulève des montagnes…

 

 Pouvez-vous nous parler des titres que vous avez dans votre catalogue ?

Nos livres sont spécialisés jeunesse. Nous publions en malgache, en bilingue français/malgache et en français. Nous essayons de réveiller les contes traditionnels ignorés des enfants d'aujourd'hui puisque les anciens livres n'existent plus et beaucoup de contes n'ont jamais été édités. Nous publions aussi des histoires contemporaines qui concernent les enfants d'aujourd'hui. Nous utilisons des illustrations typiquement malgaches pour que les enfants se reconnaissent dans ce qu'ils lisent, et toujours en couleur pour les attirer.

  

Quel est votre bilan en matière de diffusion ?

Après quatre ans d'activité, la maison d'édition enregistre des résultats très positifs. La première année a été très dure, car il fallait créer plusieurs réseaux de diffusion, étant donné qu'il n'y a pas de distributeur de livres à Madagascar. La diffusion par le réseau des libraires est très faible, car il est très difficile de travailler avec les librairies en province. Actuellement, nous travaillons de plus en plus avec les associations internationales et locales et nos livres commencent à être bien connus. Nous travaillons aussi avec l'Unicef qui achète régulièrement des livres pour la petite enfance et le primaire. Nos livres sont en vente dans quelques librairies à l'extérieur et avec les achats directs via notre site web, nos chiffres en export montent d'année en année. L'Allliance Internationale des Editeurs Indépendants distribue aussi nos livres en France.

  

Quel est votre titre le plus populaire ?

Le meilleur titre est notre première publication, "Maria Vakansy any Alaotra". C'est une histoire contemporaine courte, en malgache et bien illustrée en couleur. Il est le plus diffusé actuellement et les enfants aiment bien le lire. Beaucoup d'enfants se reconnaissent dans ce livre et des émotions fortes se ressentent à chaque rencontre avec les classes. Il a été sélectionné par le Ministère de l'Education Nationale en 2007, pour la mise en place d'une bibliothèque minimale dans toutes les écoles malgaches, publiques et privées. L'Unicef l'avait aussi commandé pour leur programme. Il est aussi dans 240 bibliothèques rurales. Nous en sommes à sa 4è édition actuellement.

  

Pouvez vous développer la philosophie du projet Bobiko ?

Le Projet Bokiko était un projet initié en 2006 regroupant des éditeurs malgaches, la diaspora malgache en France et des associations partenaires en France, visant à relancer l'édition et la lecture à Madagascar. Un titre est paru en 2007, "les mésaventures de Milaloza", publié par notre maison d'édition et deux autres titres sont parus en 2008, dont un publié par notre maison d'édition "Soza le pêcheur".

 

Cela part de quel constat ?

La relance de l'édition part du constat que, si en 1982 (Mémoire de maîtrise de M. José D.Y. Rambinintsoa, 1986), le nombre de titres parus à Madagascar était de 1.549, on devrait retrouver sur le marché 5.000 titres actuellement. Or, il n'en existe que 1.500. Au lieu d'augmenter, l'édition malgache a fortement régressé. Dans cette relance, la diaspora malgache à l'extérieur pourrait être un atout important comme partenaire, consommateur et porteur de message auprès des associations et collectivités travaillant avec Madagascar.

  

Pourquoi, la littérature pour la jeunesse a-t-elle autant de mal à se développer à Madagascar ?

La littérature jeunesse a bien du mal à se développer à Madagascar parce que le livre de lecture n'a jamais été inclus dans la politique éducative du Ministère de l'Education Nationale jusqu'à maintenant. Il en est de même pour la lecture publique. Les éditeurs de la place se sont donc cantonnés à publier des manuels scolaires et les rares classiques recommandés par les professeurs pour les secondaires. Il ne reste que les associations qui ont un petit budget d'achat de livres pour leur programme et les rares lecteurs des librairies pour consommer la littérature jeunesse. Le malgache n'a plus l'habitude de la lecture et cela aggrave aussi la situation. La mauvaise expérience de la malgachisation dans les années 70 a beaucoup nuit aussi aux livres en malgache. Les gens n'aiment plus lire en malgache car cela dévalorise. Les parents empêchent carrément leurs enfants de lire en malgache. La vente des livres en malgache a chuté considérablement par rapport aux livres en français. Or, paradoxalement, nous constatons que très peu d'auteurs pour la jeunesse écrivent en français. Comme la publication locale était insuffisante, les libraires avaient importé massivement avant 2002 et les malgaches ne consommaient pas les livres édités localement généralement pas très présentables esthétiquement. Les éditeurs locaux hésitent à passer à la couleur de peur d'augmenter le prix du livre et de ne plus trouver acheteur. Le flou au niveau de la politique linguistique a freiné aussi les publications, car les éditeurs ne savent pas trop dans quelle langue éditer. Notre maison d'édition est parmi les maisons qui ont initié les livres en bilingue. Cela permet de toucher toutes les couches sociales et nous constatons une nette augmentation des ventes sur ces livres. Pour se développer, le livre malgache doit être aidé par l'Etat. Or, il n'y a aucune forme de soutien à la promotion du livre au Ministère de la Culture.

  

Vous semblez être très remontée contre les dons de livres ?

Oui cela désorganise totalement la chaîne puisque les auteurs ne sont pas publiés, les livres ne sont pas consommés et les éditeurs ne peuvent pas éditer, les libraires ne vendent pas assez puisque les gens n'achètent plus. Lors de l'étude que j'ai effectuée en 2007, les gens disaient même qu'ils n'achètent pas parce qu'ils pensent que le livre ne s'achète pas, à force de recevoir des dons. Enfin, les livres inadaptés dissuadent les lecteurs potentiels de fréquenter les bibliothèques. Le don est un fléau qu'il faut éradiquer dans les pays du Sud. Mais heureusement, on a beaucoup avancé avec les plaidoyers qu'on a faits avec l'Alliance Internationale des Editeurs Indépendants.

 

 

Votre parcours professionnel comme éditrice en particulier ? Comment financez vous les sorties de vos ouvrages ?

Je n'ai pas eu de formation spécifique à l'édition. L'édition était mon premier projet quand j'ai décidé de créer la société en 1995, mais la période n'était pas favorable en ce temps-là, absence d'imprimerie performante, problème d'importation de matière première et j'ai ouvert une librairie au lieu de faire de l'édition. J'ai par la suite essayé de m'introduire dans le milieu de l'édition malgache et tenté de me rapprocher des professionnels du livre en France, par l'intermédiaire de mes relations dans le milieu de la librairie . J'ai décidé de démarrer l'édition en octobre 2004, après la dépréciation de la monnaie. J'avais compris alors que l'importation de livres ne pourrait plus être rentable. L'édition a été montée pour sauver la librairie. J'ai publié le premier livre en mars 2005.

 

Entre-temps, j'ai monté des projets de formation pour me professionnaliser et j'ai aussi demandé des subventions au Service Culturel français de l'Ambassade de France à Antananarivo pour suivre des rencontres professionnelles et participer à des salons spécialisés en France. Parallèlement, je me suis aussi mise à faire une étude sur la situation de l'édition malgache. Je ne comprenais pas pourquoi il y avait si peu d'édition après une quarantaine d'années. Parmi les blocages au développement du livre figuraient le monopole des manuels scolaires par l'Etat et l'importation massive de dons de livres. Les manuels scolaires étaient financés par les bailleurs de fonds et constituaient un fonds considérable que l'Etat ne voulait pas partager avec les professionnels locaux. La lecture était son dernier souci et il laissait les associations étrangères s'en occuper.

 

Une anarchie s'est installée. Les associations pouvaient donner ce qu'elles voulaient dans les écoles, personne ne surveillait. Les bibliothécaires voyaient que les livres ne correspondaient pas au besoin, mais ils ne pouvaient rien dire et ne refusaient pas non plus les dons. Les bibliothèques étaient devenues des lieux de punition pour les cancres ou juste des lieux pour garder les enfants. Les livres pourrissaient dans les étagères ou quelques fois dans les cartons quand il n'y a pas d'étagère pour les ranger. Les maires des Communes applaudissaient quand une association venait faire des dons, sans se préoccuper si cela répondait vraiment au besoin de la population et les donateurs s'enorgueillissaient d'avoir fait une bonne action.

 

L'édition locale n'avait pas le soutien des libraires puisque les livres n'étaient pas attrayants esthétiquement. De plus, leur prix et leur nombre en terme de titres étant faibles, elle ne pouvait rentabiliser à elle seule la librairie. Avec la dépréciation de la monnaie et afin de permettre la survie des librairies, il fallait donc réagir et faire en sorte de relancer l'édition malgache, sinon toute la chaîne courrait à sa perte. Les débuts de l'édition ont été très durs car il fallait financer seule la première parution. J'ai eu le soutien de mon imprimeur, soutien que j'ai toujours jusqu'à maintenant, qui me donnait une bonne marge pour payer ma facture. J'essayais de chercher des pré-achats avant chaque sortie de livres, pour assurer une partie des ventes. J'ai aussi obtenu une subvention pour l'édition d'un livre de la part du Service culturel français.

 

Au sujet de votre activité de libraire, pouvez-vous nous en dire plus ?

Ma librairie était spécialisée professionnelle et universitaire au départ. Pour cela, nous n'avions fait que de l'importation puisque ce genre de livres n'est pas édité à Madagascar. C'était une niche très intéressante que les libraires de la place n'avaient pas exploitée. Tout a bien marché jusqu'en 2002 où il a fallu revoir notre stratégie. J'ai commencé à penser à faire de l'édition locale et ai approché des projets ou associations qui finançaient des bibliothèques. C'était aussi une niche que personne n'avait exploitée et j'ai pu avoir beaucoup de parts de marché puisqu'il y avait de réels besoins en livres locaux. J'ai aussi constaté qu'il y avait des besoins en livres pour la jeunesse et qu'il n'y en avait pas assez sur place. J'ai alors décidé de monter ma maison d'édition malgré les difficultés financières que traversaient la société. Je peux dire que l'édition a sauvé ma librairie et que l'édition malgache a un bel avenir devant elle si elle se donne les moyens.

 

Vous montez également des co-éditions avec les ivoiriens de Eburnie et les béninois de Ruisseaux d'Afrique ?

La coédition avec Ruisseaux d'Afrique et Eburnie est une initiative de l'Alliance Internationale des Editeurs Indépendants. L'Alliance soutient et encourage la coédition pour le partage des coûts et l'amélioration de la diffusion du livre dans le monde. Ruisseaux d'Afrique, l'éditeur leader a travaillé sur une maquette et l'a proposée aux éditeurs lors des Assises des Editeurs Indépendants à Paris en juillet 2007. Ceux qui sont intéressés commandent une quantité. L'éditeur leader dresse le compte d'exploitation du projet et quand les autres valident, il s'occupe de l'impression et de l'acheminement des livres vers les autres co-éditeurs. Après étude du contenu des livres qu'ils avaient proposés, nous avons retenu trois titres que nous avons commandés à 200 exemplaires chacun. Nous payons donc les frais se rapportant à notre commande. Ces livres font partie de la Collection Le Serin, édités en français, et ont été tirés à 3.000 exemplaires par titre. Nous avons reçu nos exemplaires en décembre 2007. Pour la commercialisation, il y a une répartition des zones et notre maison s'occupe de la zone Océan Indien. Nous avons commandé une faible quantité, car nous ne savons pas du tout si les livres allaient se vendre ou pas. Nous avons constaté qu'ils se vendent très bien et nous allons d'ailleurs en recommander.

 

Comment s'est déroulée l'année 2009, votre activité a-t-elle subi la crise ?

L'année 2009 a été un cauchemar. Nous avons suspendu les projets d'édition parce que nous ne savions pas du tout ce que le pays allait devenir. Les associations avec lesquelles on travaille ne pouvaient plus travailler. C'était dangereux d'aller en brousse. Il y avait des pillages partout. Heureusement, ils ont pu recommencer à travailler dans la deuxième partie de l'année et nous avons eu quelques commandes.

 

Entre-temps, nous avons aussi été approchés par une association française qui s'appelle OLPC France, issu du projet américain One Laptop Per Child (Un ordinateur, un enfant) qui vise à réduire la fracture numérique entre le Nord et le Sud et notre livre "Maria Vakansy any Alaotra" a été adapté en version numérique et introduit dans les ordinateurs qui sont utilisés par des enfants malgaches dans l'île Nosy Komba dans la région de Nosy Be

 

Nous avons aussi eu un nouveau partenaire, la Commune Saint-Georges de Reintembault, une petite commune du côté de Rennes, qui nous a repéré grâce à notre site web. Ils financent la fournitures de livres pour 24 écoles primaires et une bibliothèque communale dans la région Alaotra Mangoro. C'est nous qui fournissons les livres. Grâce à ce partenariat, nous allons sortir cinq planches pédagogiques murales pour les écoles.

 

Nous avons crée cette année une collection pour adolescent en français, Ado poche, pour donner des supports à lire aux jeunes et un premier titre est sorti à l'occasion du salon du livre jeunesse de l'océan Indien à l'île de La Réunion, "Antalaha, le 26 juin 1960", de Cyprienne Toazara, que j'ai commandé pour la célébration du cinquantenaire de l'indépendance de Madagascar.

 

Avec cette collection, nous allons monter un programme de rencontres d'auteur dans cinq lycées de la capitale, avec le soutien du Service culturel français. Cyprienne Toazara et Johary Ravaloson participeront à ce programme. Depuis cette année, nos livres sont en vente à la librairie Regard kafé à Mayotte aussi depuis le mois d'octobre et à la librairie Gérard à Saint-Denis de la Réunion.

 

Enfin, pendant l'année scolaire 2009/2010, avec le partenariat avec l'association Touraine Madagascar, nous avons aussi monté des rencontres dans cinq écoles primaires publiques avec 5 auteurs et nous avons monté une malle de 6 livres qui restait un mois dans chaque école, toujours pour encourager la lecture. Les rencontres se faisaient en malgache et le bilan est très positif.

 

Nous préparons en ce moment la suite de ce programme avec les éditions Tsipika qui prendra le relais pour l'organisation des rencontres. Côté promotion, grâce au partenariat avec l'association La Réunion des Livres de La Réunion, nos livres ont été présents cette année sur le Festival Etonnants voyageurs et le salon du livre d'Ouessant. Avec ces actions de promotion, nous sentons une petite relance et nous espérons que cela va continuer en 2011.

Et puis, il y a aussi la création de l'Association des Editeurs de Madagascar (AEdiM) en mars dernier- présidé par les éditions Tsipika - avec laquelle nous avons encore sollicité le Ministère de l'éducation Nationale pour faire passer l'édition scolaire entre les mains des éditeurs malgaches mais je crois que ce ne sera pas encore pour cette année. Beaucoup d'initiatives sont encore possibles. A titre personnel, depuis mars 2010, j'ai été élu pour deux ans Présidente de l'association Afrilivres, qui regroupe une trentaine d'éditeurs africains francophones, et je mets beaucoup d'espoir dans cette nomination pour améliorer la visibilité de l'édition malgache au côté de l'édition africaine.

 

Vous ne vous découragez jamais ?

Notre bureau a été cambriolé trois fois aussi l'année dernière et on a perdu des livres. C'est difficile de travailler dans un contexte pareil mais nous n'avons pas le droit de baisser les bras. Nous devons encore faire beaucoup pour les enfants, surtout ceux qui sont dans les zones reculées. J'ai eu l'occasion de visiter une école en pleine forêt pendant les vacances (après 2h de marche depuis l'hôtel où nous étions) et il n'y avait que 8 livres scolaires pour 200 élèves (2) des livres subventionnés par l'Etat en 2003. Les enfants n'ont jamais vu de livres de lecture de leur vie. Des livres scolaires ont été faits en 2005, 2007 et 2008 mais ils ne les ont pas eu. Le Ministère a acheté 20 livres de lecture en 2008 afin de créer une bibliothèque minimale dans toutes les écoles de Madagascar... Où sont passés ces livres ? Généralement, ils restent dans les bureaux des Circonscriptions scolaires de la région et n'atteignent jamais les écoles. 80% des écoles publiques sont dans ce cas. Quelques fois, les livres arrivent un an après leur parution. Nous devons chercher les moyens de donner les mêmes chances à tous les enfants !

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21 mai 2010 5 21 /05 /mai /2010 20:20

Mansa - Second Souffle Africain : Du « jus » de baobab dans les rayons, proposé par deux gars qui font preuve d’une belle énergie.

Jean Marc et Karim sont pourtant très tranquilles et n’ont pas un mot plus haut que l’autre. Mais ils avancent sans erreurs dans un milieu qui n’était pas le leur, le commerce, sans perdre de vue leur but, l’agriculture, au service de leur famille, l’Afrique.

 Le binôme est solide, polyvalent. Quand Karim s’active en Afrique, c’est Jean-Marc qui parle pour deux. Mais qu’ils s’activent ou parlent, ici ou là, ça bouge.

Et ces boissons au baobab ?

Onctueuses, rafraîchissantes, franchement plaisantes. À déguster tout l’été pour vous convaincre, à consommer toute l’année dans la foulée.

 

Entretien avec Jean-Marc Akouété:

 

- Les boissons au Baobab, de nouveaux jus de fruits en France ?

-À ma connaissance, il en existe déjà deux autres… Mais pas en bio ! Et on valorise si peu de produits bio africains… Notre but est de faire connaître un fruit qui le mérite, mais en cohérence avec notre démarche agricole. Quitte à lancer des projets en Afrique, autant éviter les erreurs qui ont été faites ailleurs.

 

-Le jus de baobab est-il connu en Afrique ?

-C’est un jus très consommé dans toute l’Afrique de l’Ouest. Au Sénégal, il est mélangé avec du lait. C’est une boisson plaisir, mais aussi un remède contre les maux de ventre. On le conseille notamment aux touristes qui ont des problèmes de cet ordre.

 

-Est-il également commercialisé en bouteille, sur place ?

-Le jus de baobab est avant tout la boisson que chacun peut se préparer. Quitte à consommer des bouteilles, les Africains préfèrent les sodas… Ceux qui consomment le baobab en bouteilles se trouvent plutôt en ville, du fait que l’eau n’y est pas terrible, à Dakar notamment. Le baobab Avant d’évoquer le fruit, parlons de l’arbre, que tout le monde connaît !

On en compte huit variétés différentes dans le monde.

À Madagascar, où se trouvent les plus spectaculaires, on en dénombre six sur les huit.

Au Sénégal, il n’y a qu’une seule variété, la même que l’on retrouve partout en de grandes forêts, comme une grosse poche verte dans toute l’Afrique de l’Ouest. C’est un arbre qui se gorge d’eau durant la saison des pluies, pour tenir le reste de l’année. Son bois est mou. On peut d’ailleurs considérer que le baobab n’est pas tout à fait un arbre, puisque ce bois ne contient pratiquement pas de lignine. Il ne fait pas d’anneaux non plus… Lorsqu’on observe une coupe, il est donc difficile de donner un âge à un baobab. On pourrait presque dire que c’est une plante géante. Il a de plus une drôle de tête ! On l’appelle aussi « l’arbre à l’envers », comme s’il avait « les racines en haut » !

Il a un grand rôle et une symbolique très forte en Afrique, presque mystique. Des femmes accouchent dans les baobabs. Les griots - qui sont les conteurs transmettant oralement la culture africaine - sont parfois enterrés dans les baobabs. Son tronc creux sert parfois de salle de réunion ! Et il est présent à beaucoup de moments dans la vie de chacun sous différentes formes : pour son fruit, bien sûr, mais certains travaillent aussi sa coque pour obtenir des plats, des lampes… On peut en manger les feuilles, pour cuisiner une sauce, notamment quand c’est un peu tendu au niveau alimentaire… Il sert de réserve d’eau, accueille les abeilles qui y produisent du miel… Dans les zones où il a peu de fourrage, il peut constituer l’aliment des animaux.

Le baobab a donc un côté mystique, mais il est également très présent comme ressource. Et il nous semble qu’il pourrait encore être plus valorisé, plus considéré comme une richesse.

 

-À chaque fois que l’on parle d’un arbre aujourd’hui, on se pose la question de savoir s’il est menacé… Est-ce le cas ?

-Le baobab est emblématique et donc très respecté, surtout dans les campagnes, où l’on connaît son importance. Mais son écosystème est menacé, notamment par de mauvaises pratiques agricoles, et son renouvellement pose problème. Par ailleurs, n’oublions pas que Dakar a été construit sur une forêt de baobab… Nous pensons qu’en donnant une valeur au fruit, on renforce la valeur de l’arbre. Et cela d’autant plus qu’on achète directement les cueillettes aux villageois : ils n’ont pas vraiment besoin d’une approche philosophique, mais de concret.

 

-En quoi le baobab est-il bio ? 

-j’aurais presque envie de prendre la question à l’envers : en quoi ne le serait-il pas ? Certains de ces arbres ont 2 000 ans, et n’ont jamais connu les pesticides ! Mais pour répondre à la question sous l’angle où tu la vois, la certification garantit le fait qu’il n’y a pas de cultures conventionnelles à proximité.

C’est vrai pour le baobab et tous les ingrédients que nous utilisons pour nos diverses boissons, le gingembre, l’hibiscus, tous certifiés, comme le sucre.

 

-Est-ce que la boisson au baobab peut devenir un vrai produit pour les Européens ?

-Je pense que oui. Pas au point d’inonder le marché, mais tout le monde connaît l’arbre, et il ne devrait pas être trop difficile d’en faire apprécier le fruit, d’autant que les gens sont avides de nouvelles saveurs.

 

-Est-ce justifié d’amener des nouveaux produits en Europe, quand on parle de proximité alimentaire ?

-On gagne tous à s’enrichir au niveau culturel, au niveau des saveurs. On apprend à se connaître, on en devient plus humain… Après, il est clair que tout acheminement d’un fruit a un coût écologique. C’est le cas aussi pour les oranges, l’ananas… Concernant le fruit du baobab, on ne transporte toutefois pas un jus, mais la pulpe séchée, moins lourde. Sachant que notre but, par le biais de notre association Second Souffle Africain, est de développer les cultures vivrières dans les villages avec lesquels nous travaillons. Le jus de baobab permet au Sénégal de faire valoir un peu ses propres produits et de renforcer son autonomie, alors que le pays importe la majorité du riz qu’il consomme, quand ce n’est pas du poulet…

 

-Que dire du fruit ?

- On l’appelle le « bouye » en Walof, mais c’est aussi le « pain de singe ». Ces derniers l’aiment beaucoup ! Le fruit du baobab est une grosse « cabosse », un peu comme le cacao. Il contient une pulpe fibreuse et beaucoup de petits noyaux, comme des haricots rouges, dont on tire aussi de l’huile. Le mot baobab vient d’ailleurs de l’arabe « bu hibab », qui veut dire « fruit à nombreuses graines ». Le fruit doit être sec lorsqu’on le cueille ou le ramasse. On l’ouvre à la machette. Le fruit frais Le fruit sec, tel qu'il est récolté La pulpe du fruit sec. Elle arrive ainsi à l'atelier Baobab gingembre Baobab hibiscus Après la cuisson, noyaux et filaments sont retirés à la main

 

-C’est gros, un baobab… Combien donne-t-il de fruits ?

-En moyenne, 500 kg par arbre et par année. La fleur apparaît d’abord, blanche, et pend « à l’envers ». La pollinisation se fait par les abeilles et… les chauves-souris. Le fruit arrive vers décembre, mûrit et sèche de mars à avril. On le récolte en montant sur l’arbre, parfois en le faisant chuter avec une gaule, ou encore en ramassant ceux qui tombent naturellement. Beaucoup de familles en font des provisions en vue des mariages, pendant lesquels on le sert en boisson.

 

-Pour les recettes de vos deux boissons, vous avez choisi de mélanger le fruit du baobab à du gingembre ou de l’hibiscus. Ces ingrédients ont-ils été choisis pour des raisons particulières ?

-Ils sont cultivés dans les mêmes villages, et tous se marient bien. En Casamance, là où nous travaillons, le gingembre est beaucoup utilisé en cuisine, mais aussi en boisson. Notons que le gingembre africain est plus « piquant » que le chinois. De plus, les Africains le concentrent beaucoup dans leur boisson… On a vraiment dû se modérer pour les nôtres ! L’hibiscus, lui, est aussi un produit traditionnel cultivé à proximité des cases. L’irrigation en est facilitée. C’est également une boisson quotidienne pour beaucoup de personnes, le « bissap ». On le prépare avec une infusion de fleurs séchées, qu’il est d’ailleurs préférable de ne pas faire bouillir.

 

-Sur place, avez-vous affaire à une structure qui regroupe tous ces approvisionnements ?

- Nous n’avons pas voulu créer de coopérative. Une coopérative est une structure supplémentaire qui a un pouvoir, qui achète et revend. Nous procédons autrement, en achetant directement à chaque cueilleur, non sans passer précédemment par les différentes autorités que sont les chefs de villages, les Imams… Nous nous approvisionnons pour l’instant en faisant le tour de sept villages. Les habitants comptent vraiment sur nous maintenant.

 

-Vos boissons sont élaborées près d’Albertville à base de pulpe séchée, on en a souligné l’avantage écologique. Aurait-il pu être produit au Sénégal, en faisant profiter les populations de la valeur ainsi ajoutée ?

-On y a pensé… Le verre proviendrait alors soit d’Afrique du Sud, soit du Maroc… Il aurait fallu importer du sucre bio, et pas directement du lieu de production… Il aurait aussi fallu investir énormément en machines, être sur place en permanence pour garantir la qualité… En France, on a retenu l’atelier de Monsieur Richard, qui a fait preuve de beaucoup de curiosité et d’engagement pour nous aider, même sur des quantités parfois minimes au début.

 

-La recette de base ?

-On s’est inspiré de ce qui se fait au Sénégal : on fait bouillir la pulpe et les noyaux, jusqu’à ce que les deux se détachent. Il est alors nécessaire de filtrer à la main en retirant noyaux et filaments. On obtient un liquide très épais, presque pâteux auquel il reste à ajouter une macération de gingembre ou une infusion d’hibiscus, de l’eau et un peu de sucre. On brasse bien…

 

-Vous vendez aussi sur les marchés, animez en magasins et connaissez donc bien vos clients. Qui boit du jus de baobab ?

-Tout le monde ! Les curieux, ceux qui ont voyagé, les jeunes, ceux qui font des cocktails avec de la limonade, ou avec un alcool blanc… Certains le ramènent en famille ou chez les copains avec l’idée de faire une devinette : qu’est-ce que c’est ? En général, personne ne trouve ! Mais beaucoup deviennent consommateurs par la suite. De manière générale, il semble que les enfants et les femmes soient plus attirés par le « baobab-hibiscus », et les hommes par le « baobab-gingembre ». Mais il y a des exceptions ! Et puis il y a les sportifs italiens…

 

-Consomment-ils du jus de baobab ?

-Oui, il y a une grosse mode chez les footballeurs professionnels, cyclistes, coureurs automobiles… La presse italienne parlait même d’une « potion magique » à son propos ! Ça n’étonne pas les Sénégalais…

 

-Est-ce qu’on reconnaît des qualités nutritionnelles à vos boissons ?

-Le fruit du baobab est deux fois plus riche en calcium que le lait, il sera intéressant pour nous à l’avenir d’analyser le taux qu’on retrouve dans nos bouteilles. Il contient aussi du fer, du phosphore… Le gingembre est stimulant, il a des vertus aphrodisiaques sur lesquelles on insiste d’ailleurs plus en Europe qu’en Afrique. L’hibiscus est un puissant antioxydant. Mais nous ne voulons pas faire de ces qualités nos premiers arguments. De même, pour le commerce équitable. Nous voulons que les gens achètent avant tout du jus de baobab parce qu’ils l’aiment !

 

-Avez-vous une démarche dans le domaine du commerce équitable ?

-Oui, on fait partie du collectif grenoblois, une très belle idée. Mais commercer au juste prix n’est qu’une première étape. Notre but est d’aller plus loin encore en développant l’autonomie des villageois : on ne peut pas se contenter d’acheter, il faut créer de la richesse sur place.

 

Second Souffle Africain

-Vous avez fondé une association, Second Souffle Africain, qui œuvre dans ce sens. Quelle est son histoire ?

-Karim et moi vivons en France. Nous sommes amis depuis l’âge de onze ans. On s’est toujours dit qu’il fallait qu’on fasse quelque chose pour l’Afrique. On a appris il y a cinq ans que des terrains se libéraient au Sénégal, et qu’il serait possible d’entreprendre dans le domaine agricole. Bien que nos vies aient été orientées autrement, on s’est alors tous les deux formés à l’agriculture, de manière complémentaire : Karim a passé un Brevet de Responsable d’Exploitation Agricole avec option « polyculture et élevage », et moi avec option « maraîchage et petits fruits ». On pensait s’installer au Sénégal, mais on a préféré commencer deux activités à la fois : les jus de fruits avec Mansa, tout en fondant parallèlement notre association, Second Souffle Africain.

 

- Par quel biais votre association atteindra-t-elle son but ?

-Nous voulons contribuer à ce que les gens qui travaillent avec nous accèdent à l’autosuffisance alimentaire, qu’ils développent les cultures vivrières en partant sur de bonnes bases agricoles, bio. Pour y arriver, nous pensions au début ramener du matériel agricole de France. Mais on s’est vite aperçu qu’il ne fallait pas miser sur les tracteurs, chers, et la consommation d’énergie fossile qui va de paire. Il y a de la main-d’œuvre au Sénégal, on peut faire autrement. On a alors observé que la traction animale était beaucoup utilisée sur place, et on a pris l’option de développer cette voie avec du matériel moderne.

 

-Y a-t-il encore des gens pour concevoir du matériel agricole moderne qui ne soit pas… motorisé ?

-On a trouvé l’association Prommata, en Ariège. Elle a mis au point une « charrue », le « Mamata », qui permet de tout faire : c’est en quelque sorte un « porte-outil » sur lequel on peut installer toutes sortes d’éléments différents pour labourer (légèrement !!), griffer, semer, tout en respectant l’animal. Prommata n’a pas pour but de vendre ce matériel, mais de former des personnes à le fabriquer. Une équipe est ainsi déjà autonome au Burkina Faso, et c’est cette équipe qui viendra nous former au Sénégal sur les deux aspects du métier : la forge, pour élaborer l’outil, et les techniques agricoles qui vont avec. C’est ce partenariat que mon ami Karim, qui n’est pas avec nous aujourd’hui, est en train de mettre en place au Sénégal.

 

- Quel lien y a-t-il entre Mansa, votre société de jus de fruit, et l’association Second Souffle Africain ?

-Les deux marchent ensemble. Pour les Sénégalais avec lesquels nous travaillons, la vente du fruit du baobab constitue un revenu d’appoint, alors que l’activité maraîchage leur permet de vivre toute l’année. Et ce que nous avons fait pour avec ces sept villages, nous voulons le multiplier. Très largement, quitte à passer aujourd’hui pour des utopistes.

 

-Si tu avais à citer un disque, un livre, un tableau ? -

-Le disque… le reggae de Tiken Jah Fakoly. Salut Ibrahima !

- Le livre… je ne lis pas beaucoup… Vincent, un agriculteur sur Varacieux qui fait partie du projet, m’a prêté des livres de Chomsky. Sa façon de décortiquer l’information et de nous montrer la manière dont nous sommes manipulés me paraît intéressante.

- Un tableau de Mbaye Diop (à ne pas confondre avec Maï Diop). Un Sénégalais, un fort caractère ! Il fait de très belles toiles.

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Published by Mamonjy Madagascar - dans témoignage
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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 19:14

Timothée, 21 ans, est depuis 3 mois à Madagascar, il a accepté une mission pour l'association....

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Je m’appelle Timothée , j’ai 21 ans, je suis titulaire du baccalauréat (général, scientifique) année 2006, du B.A.F.A. (brevet d’aptitude à la fonction d’animateur), du brevet de secourisme et du permis de conduire depuis plus de 2 ans.

Pendant toutes les vacances scolaires, grâce à mon B.A.FA., je pars comme animateur dans des séjours de vacances pour enfants.

 

Vu la conjoncture et au regard de l’année qui vient de passer, j’ai décidé de m’engager auprès d’une association de solidarité internationale et de participer à la réalisation d’un de ses projets.

 

Je connais l’association MAMONJY-MADAGASCAR depuis sa création en 2000 et j’en fais partie depuis le début. J’ai vécu à Madagascar 6 mois en 1998-1999 avec ma mère qui effectuait un séjour de découverte de ce pays et de  sa culture. J’y suis retourné pour 2 mois pendant les vacances d’été 2004.

 

Je désire à travers ce projet m’intégrer à une communauté et m’impliquer dans la réalisation d’un projet précis ce qui me permettra d’acquérir un « savoir-être ». Je souhaite me faire de nouveaux amis en participant à différentes actions avec les instituteurs locaux et ainsi avoir l’opportunité de connaître davantage la culture, les traditions et la manière de vivre  de ce pays. J’apprendrai à vivre avec des repères différents des miens afin d’échanger, de rencontrer et de partager.

 

Ma mission consistera à parler français avec les enfants scolarisés et à les inciter à le parler avec moi. Ceci en partenariat avec les enseignants locaux dans le but de renforcer le niveau en français des élèves.

 

A mon retour je voudrais partager mon expérience en témoignant auprès de divers publics avec l’aide de l’association.

                                                                                       

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Impressions à mi-séjour:
...Je suis à  l’ensemble scolaire St Michel, 400 élèves de la seconde à la maternelle (une maternelle tous niveaux). L’année prochaine il y aura l’ouverture de la classe de première puis en 2011 celle de la classe de terminale....

...On a commencé par observer deux jours, puis on s'est lancé, chansons, activités manuelles pour les plus petits, aides aux devoirs pour les secondaires. Qui est en fait d’avantage une heure d’expression et d’explication du français. Les gens parlent tellement peu le français qu’ils n'en connaissent que l’écrit et la théorie, c’est difficile pour eux d’exprimer et de créer un texte...

...Je redécouvre les joies de la lecture, de la « THB » (bière malgache), de la guitare sans partition, de la douche à l’eau froide et de la lessive à la main !!! ....

...J’ai été jouer un peu au basket avec les jeunes du quartier. Ce week-end, on va à Antsirabe : ravitaillement de fournitures !!.....

...C’est un peu dur au début mais ça passe, on apprend à découvrir les charmes du coin, de la culture et à vivre simple !!!! ....

...J’ai mangé des sauterelles frites la dernière fois et c’était bien bon !! ....

...Je trouve ça toujours aussi aberrant qu’ils fassent tous leurs cours en français, de la physique en passant par l’histoire et les maths, ils font tout en français alors qu’ils ne le parlent pas. Tout est écrit en français dans leur cours mais tout est expliqué en malgache, ils comprennent à peine ce qu’ils ont dans leur cours. Mais ce n’est pas de leur faute, ils n’ont jamais l’occasion de s’exprimer en français, les profs non plus, du coup, eux non plus ne  parlent pas très bien et c’est l’’engrenage. Tout ca au nom des relations politiques franco-malgaches ! Moi, je couperais le cordon, français et anglais en langues étrangères et pis voilà, mais bon je ne fais pas de politique, alors je fais ce que je peux avec eux… Les élèves sont demandeurs et cool…..

...Pour moi le projet continue son chemin, on a développé les activités, tangram pour les 7ème et 8ème, c’est sympa, les couleurs chez les CE1. Mise en place également des activités pour les secondaires pendant la récré: béret , encore aux balbutiements tactiques, et frisbee, dont je vais faire le sport national tellement j’aime ce jeu !!!! et les enfants aussi, ca leur fait découvrir un sport totalement inconnu !! ....

...On continue les temps d’expression française en secondaire, c’est dur dur le niveau. Pour re-situer, ils passent des examens et font les programmes calqués sur la France, sans être capables de construire une phrase, sans avoir l’occasion de s’exprimer, à part pour des phrases toutes faites : on a fait un jeu avec les troisièmes, avec sujet verbe complément, chacun écrit un mot  de chaque sur un papier, on mélange les sujets, les verbes et les compléments et on tire au hasard un de chaque, ça fait des phrases marrantes mais les phrases qu’ils veulent construire sont très conventionnelles : « le savon lave le linge », «le zébu tire la charrette », « le poisson nage dans l’eau » , je bataille pour leur faire créer des phrases même loufoques mais qu’ils inventent eux même . Et c’est d’ailleurs la bataille pour les faire s’exprimer tout court !! Un truc que je trouve aberrant, il connaisse le nom des   estomacs du zébu (moi j’en ai aucune idée), les protons les électrons l’acide chlorhydrique, des termes techniques pointus en français (puisqu’ils écrivent tous les cours en français) mais ne savent pas créer une phrases simple !! Ils ont des cahiers auxquels ils ne comprennent "quedal" (sauf celui de malgache !!), ils apprennent par cœur une leçon qu’ils ne comprennent pas !! Alors je ne vais pas leur jeter la pierre loin de là, ni aux profs ni aux élèves ils n’y sont pas pour grand chose, mais y a quand même un problème là non ?? Ou alors je suis peut-être trop exigeant et pessimiste…

...Je commence à avoir un peu de contact avec certains élèves souvent grands, qui viennent parler (c'est énorme) !! ...

Je m’installe trankilou dans ma chambre, lavabo et eau courante, euh, bassine et seau d’eau, c’est très bien ! ....

...Les secondaires sont toujours aussi cool. Hier les secondes m’ont épaté !!!! Par contre les troisièmes ce n’était pas ça. Pour le béret, ils commencent à comprendre qu’il ne faut pas forcément s’emparer rapidement de la casquette… La prochaine fois, je ferais bien des relais notamment le relais chaussures qui, je pense, va bien être marrant (faut encore que je règle le problème de ceux qui sont pieds nus!!) .....

 
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2 août 2009 7 02 /08 /août /2009 11:23



témoignage de Gisèle, secrétaire de l'association



C’est tout à fait par hasard que l’Ile rouge est entrée dans ma vie : comme l’accomplissement d’un rêve ancien, comme la réalisation d’un souhait profond. Comme la présence d’un phare allumé en pleine tempête, elle s’est imposée à moi.
La découverte de cet univers à mille lieues du nôtre m’a comblée dans ma recherche d’un autre monde, un monde à l’âme pure.
Mais qu’ont-ils donc de si particulier les habitants de cette île ? Ce noble peuple tolérant avant tout, chaleureux, généreux, discret, travailleur, ingénieux.
Pour eux je me lève aux aurores les week-end, j’ai froid sur les marchés de Noël, j’ai chaud sur les brocantes, je dilapide mes économies en billet d’avion, tout ça pour collecter quelques euros qui vont améliorer leur vie.
Mais si vous venez à croiser leur regard, à recevoir leur sourire en plein cœur, là vous comprendrez.
Le rythme lent de leur vie si proche de la nature, leur aptitude à ne pas porter de jugement, à ne pas connaître le ridicule, à garder la tête haute, pieds nus et vêtements déchirés, tout cela nous donne une belle leçon de vie.
Dans cette société là, les femmes sont les piliers de la famille, les enfants sont choyés, bien élevés. La solidarité, le partage, la droiture, le respect des anciens règlent leur quotidien.
Comment ne pas s'y sentir en paix ? Pourtant dans cette description idyllique manque l’indispensable pour vivre décemment au 21ème siècle : l’accès aux soins médicaux, à l’hygiène, à l’éducation, à l’amélioration des tâches quotidiennes et pénibles.
 Par manque de moyens financiers Suzanne, 10 ans, serait morte d’une plaie mal soignée à la jambe, Gina, 8 ans, d’une tuberculose osseuse, Eliane et Viviane, 2ans ½, orphelines de mère à 4 mois, ne seraient plus là aujourd’hui….
Ces enfants sont maintenant en bonne santé au sein de leur famille. Voilà pourquoi je suis fière, grâce à l’association, de faire un peu partie de leur vie maintenant. D’être un peu malgache dans mon cœur et dans le leur.

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